Emballages cosmétiques : la chimie que personne ne vous explique
Pour la Journée de la Terre, tout ce qu'il y a derrière nos choix.
Hier soir, j'ai jeté un tube de dentifrice dans le bac jaune. Ce matin, ma fille me l'a sorti de la poubelle et me l'a mis sous le nez. "Maman. Plastique mou. Poubelle grise." Elle a douze ans. Je redoute l'adolescence, elle va me massacrer pour chaque erreur de tri. J'ai encore quelques mois de sursis, je tremble.
Aujourd'hui, c'est la Journée de la Terre. Plutôt que vous parler d'océans ou de forêts, j'ai eu envie de vous parler de ce que j'ai sous les yeux tous les jours. Des emballages, du plastique, de l'aluminium, des silicones, des mots qui circulent partout et qu'on ne prend jamais le temps de regarder de près.
LES CHIFFRES QU'ON RÉPÈTE
Deux chiffres reviennent dans presque toutes les communications cosmétiques. 120 milliards d'unités d'emballage produites chaque année dans le monde. 20 à 500 ans pour que le plastique se décompose.
Le premier vient d'agrégateurs et de rapports d'ONG, avec des méthodologies qui varient d'une source à l'autre. Pas d'étude primaire évaluée par les pairs à la base. Le second est mathématiquement impossible à mesurer, puisque le plastique moderne n'existe pas depuis 500 ans. C'est une extrapolation, reprise jusqu'à passer pour vérité.
Le vrai problème des emballages cosmétiques ne se règle pas avec un chiffre impressionnant. Il se règle avec la chimie.
Traduction : ces chiffres sont devenus les citations d'Einstein sur Instagram. Plus ils circulent, moins on sait qui les a prononcées.
LE PLASTIQUE NE SE DÉCOMPOSE PAS, IL SE FRAGMENTE
La différence est importante. Se décomposer, chimiquement, c'est rompre les liaisons entre les atomes pour revenir à des éléments simples comme le carbone, l'hydrogène, l'oxygène. Le plastique ne fait pas ça. Sous l'effet des UV, de l'oxygène et du frottement, ses chaînes de polymères se cassent en chaînes plus courtes, jusqu'à devenir des microplastiques puis des nanoplastiques. Les molécules, elles, restent intactes.
On retrouve ces particules dans les sols, les océans, les organismes vivants sur plusieurs générations. Ce qu'on mesure depuis dix ans est troublant. Ce qu'on saura dans vingt ans le sera probablement davantage.
Ce qu'il devient, ce ne sont plus des emballages. Ce sont des particules qu'on retrouve partout.
Traduction : un plastique qui se fragmente, c'est un puzzle qu'on a fait tomber par terre. Il y a plus de morceaux, et le puzzle n'a pas disparu.
LE PLASTIQUE EST UNE FAMILLE
Quand on dit "plastique", on parle en réalité d'une dizaine de matériaux très différents, cachés derrière des abréviations qui ressemblent à des plaques d'immatriculation.
L'ABS, acrylonitrile-butadiène-styrène, est quasi indestructible. C'est le plastique des Lego, des casques, de certaines pièces techniques.
Le PET, polytéréphtalate d'éthylène, est léger, transparent, largement recyclable. C'est celui des bouteilles d'eau.
Le HDPE et le PP, polyéthylène haute densité et polypropylène, se recyclent aussi en France et retournent dans de nouveaux emballages. C’est le plastique que nous utilisons pour Everyday 50.
Le PLA et les bioplastiques compostables demandent une filière industrielle spécifique qui n'existe pas dans la plupart des communes. Un bioplastique jeté dans un tri classique n'est pas recyclé. Dans un composteur domestique, il ne se dégrade pas non plus.
Avant d'acheter un produit en "plastique recyclable", la seule vraie question est laquelle de ces familles il y a dans votre main.
Traduction : dire "le plastique" c'est comme dire "la musique". Il y a Bach, et il y a les sonneries de téléphone. Les deux sortent d'un haut-parleur, ce n'est pas la même chose.
L'ALUMINIUM COSMÉTIQUE N'EST PAS DE L'ALUMINIUM PUR
L'aluminium pur se recycle à l'infini sans perte de qualité. Nos emballages cosmétiques en aluminium, pas tout à fait. Nos tubes et nos flacons portent des vernis intérieurs qui protègent la formule, des revêtements extérieurs, des encres, des décorations. Pour recycler vraiment, il faut séparer tout ça de l'aluminium, et la séparation reste partielle.
La vraie bonne nouvelle est ailleurs, sur l'infrastructure. En France, 61% des emballages en aluminium sont recyclés en 2024, contre 32% en 2009. Le Projet Métal, lancé par Citeo avec les collectivités, a équipé les centres de tri pour capter les petits emballages cosmétiques qui passaient à la trappe. Depuis 2025, on peut tous les trier, partout.
Traduction : l'aluminium pur, c'est de la pâte à modeler. On la reforme à l'infini. Un flacon cosmétique, c'est la même pâte à modeler avec de la peinture et des paillettes dessus. Il faut d'abord tout nettoyer avant de reformer quoi que ce soit.
LES SILICONES
J'aime les silicones. Toucher soyeux, texture qui glisse, fini impeccable. Pour un formulateur, c'est un outil précieux.
On entend souvent que les silicones viennent du pétrole. C'est un raccourci. Leur squelette est minéral, à base de silice, celle du sable. Les groupes greffés dessus sont synthétisés en laboratoire. La vraie question n'est pas leur origine, c'est ce qu'ils font sur la peau.
Sur la peau, les silicones ne sont pas reconnus par les cellules. Ils forment un film à la surface. Ce film comble visuellement et sensoriellement, il n'entre pas dans le fonctionnement biologique de la peau. Après rinçage, ils ne sont pas biodégradables au sens classique. Ils se dégradent lentement en silice et CO2, partiellement retenus par les stations d'épuration.
Notre approche est biomimétique. On apporte à la peau des molécules qu'elle reconnaît, qu'elle sait utiliser. Les silicones ne sont pas dans cette famille. Ce n'est pas un jugement, c'est une cohérence.
Traduction : un silicone sur la peau, c'est une chemise en soie sur un dos fatigué. Agréable, glissant, beau tombé. Sous la chemise, le dos est ce qu'il était.
LES MOTS
Cinq mots circulent partout sur les packagings cosmétiques. Clean. Naturel. Éco-responsable. Reef safe. Ocean friendly. Aucun n'a de définition réglementaire harmonisée en Europe. N'importe quelle marque peut les imprimer demain matin sur une boîte, sans justification, sans contrôle, sans sanction.
Une directive européenne, Green Claims, devait changer ça en imposant une preuve pour chaque allégation environnementale. Mi-2025, la Commission a annoncé que son adoption était en cours de reconsidération. Son entrée en vigueur dans sa forme initiale n'est plus garantie aujourd'hui.
Traduction : "clean" sur un packaging, c'est une médaille qu'on se décerne à soi-même. Brillante sur la boîte. Sans valeur ailleurs.
Et Mimétique dans tout ça ?
Nos flacons sont en verre quand la formule le permet. Nos tubes sont en aluminium quand le format l'exige. On choisit les fournisseurs qui réduisent au maximum les vernis et les additifs qui compliquent le recyclage.
Notre soin solaire quotidien est en plastique. Un soin SPF exige un packaging qui protège la formule de la photodégradation. L'aluminium ne convient pas chimiquement. Le verre est trop fragile pour un produit qu'on transporte tous les jours. On a choisi le plastique parce que c'était la seule option compatible avec l'intégrité de la formule. On travaille sur le type de plastique, sur la réduction d'épaisseur, sur la mono-matière. Je vous tiendrai au courant quand on aura amélioré ce qu'on peut améliorer.
Nos formules ne contiennent pas de silicones. 220 itérations pour obtenir une texture satisfaisante sans eux sur le soin solaire. On continue.
On n'utilise aucun des cinq mots flous. On décrit ce que nos soins font, molécule par molécule et avec un %. C'est plus précis.
Il y a aussi ce qu'on ne contrôle pas. Les fournisseurs de packaging ont fait des progrès énormes en dix ans. Plastiques recyclés, mono-matières, réduction d'épaisseur, additifs éliminés. Le frein aujourd'hui n'est plus majoritairement technique, il est infrastructurel. Les politiques publiques de collecte et de tri avancent plus lentement que l'innovation industrielle. On fait notre part. Notre part ne suffit pas.
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